Votre beauté vous appartient

Oui, révolté, le mot n’est pas trop fort, je suis révolté par ces femmes ou ces hommes rencontrés au coin d’une rue ou dans une soirée, aux visages figés et sans expression après une chirurgie esthétique ou après une injection de comblement. Il existe assurément aujourd’hui un décalage entre l’attente d’une intervention de chirurgie esthétique du visage qui doit permettre de retrouver sa propre personnalité et ses malheureux résultats que l’on observe parfois.L’on pourrait concevoir que certaines personnes glissent progressivement vers des opérations itératives ou présentent des demandes obsessionnelles après une période difficile de leur vie, mais ces chirurgiens, pourquoi acceptent-ils d’opérer ? Pour des raisons financières ? Bien que celles-ci puissent sembler évidentes, je ne le pense pas, en tous les cas, pas pour la majorité d’entre eux. En revanche, je pense qu’il existe une certaine passivité devant ce véritable matraquage d’une beauté assimilée à un visage idéalisé, standardisé, calibré. Oui, une véritable dictature dont les instituts de beauté, les médecins esthétiques, les dermatos et chirurgiens esthétiques sont de dangereux complices.

Nous vivons en ce début de siècle une mutation profonde de l’image de la beauté. Nous passons d’une beauté de masse imposée et traditionnellement conforme à des normes ou à des nombres d’or à une beauté individuelle et singulière qui n’obéit plus à aucun calibrage. Une beauté qui ne se mesure pas, mais qui émerveille et surprend. Une beauté vivante, parce qu’elle correspond à l’expression d’une personnalité authentique et libérée.

C’est la beauté de nos expressions et de nos émotions. Elle a remplacé la simple beauté physique, neutre et sans message lorsqu’elle ne s’anime pas.

Comprenons-nous bien, je ne parle pas de la beauté intérieure, très noble certes, bâtie sur des valeurs, mais que l’on découvre trop tard, de ce monde qui va vite. Je parle de la beauté que l’on découvre à la première apparence. J’affirme que cette apparence, attire beaucoup plus par des sourires, des regards, une attitude que par un simple physique si parfait soit-il.

De plus, seule cette beauté de nos expressions est universelle et intemporelle. Les beaux sourires sont de tous les temps et traversent les continents, alors que la forme d’un visage varie selon les pays et selon les époques.

La beauté est véritablement dans l’expression d’une personnalité authentique et libérée : d’une personnalité, cela veut dire, dans sa singularité ; authentique aussi, car elle refuse tout conformisme à un physique ou un discours imposé et libérée enfin parce que cette personnalité ose aller vers l’autre, car il n’y a pas d’épanouissement sans rencontre de l’Autre.

Alors, la chirurgie esthétique a-t-elle encore une place dans la beauté ? Oui, à condition de lui donner sa vraie place : retirer ce qui gêne : un défaut congénital, la forme d’un nez qui ne correspond pas à son intérieur, à sa personnalité ou encore un visage marqué par un relâchement de peau ou par des poches graisseuses au niveau des paupières qui donnent un air fatigué, las. La chirurgie esthétique doit rétablir une harmonie entre les traits d’un visage et son être, son âme. Le chirurgien au lieu de modifier un visage, et quelles que soient les prouesses chirurgicales, doit travailler dans cet infiniment subtil, dans cette réconciliation, des traits d’un visage avec ses expressions.

Aujourd’hui, l’on doit pouvoir obtenir de la chirurgie esthétique ce que j’ai nommé S.M.I.G.- Beauté, c’est à dire le Seuil Minimum Individuel Garanti de beauté, la plus belle apparence à laquelle toute personne peut prétendre avec son propre physique et en gardant sa propre personnalité.

Quel est l’avenir de la beauté ?

La beauté, dont l’expression est purement physique, a atteint ses limites. Les images de la beauté affichée sont, on le sait, souvent des images recomposées ; aussi les manipulations génétiques pourront bientôt « fabriquer » des visages stéréotypés. Il y a leurre et surtout un danger à cautionner cette vision purement physique de la beauté. Danger tout d’abord pour les adolescentes, pour les adolescents aussi. Fort heureusement, cette demande de beauté de type obsessionnel et bâtie sur des critères purement physiques, n’est pas en augmentation.

La beauté que je défends dans ce livre est la beauté de nos expressions, de notre comportement et de nos émotions ; elle est une acquisition, une conquête de soi. Le rôle du chirurgien esthétique est d’apporter un équilibre, une harmonie au visage ; il appartient aux patientes de l’éclairer d’un rayonnement retrouvé grâce à une reconquête de soi, et par l’expression de sa propre personnalité. Nous devons agir, il y a urgence, nous devons défendre notre personnalité face au péril d’uniformité qui menace notre société. Il faut savoir rompre les rangs, lutter pour la singularité de la beauté, décrisper ce désir mimétique de perfection physique et lui substituer les expressions, les sourires, un comportement, une manière d’être à la vie. La beauté émotionnelle a gagné. Or nous possédons tous un énorme potentiel de beauté. Aujourd’hui, on ne naît pas belle par ses qualités physiques, on le devient par son comportement.

Un message d’espoir pour toutes les femmes.